Blog — Études et traductions du Shivaïsme du Cachemire


Cette page est régulièrement réactualisée

 

 

 

Ce blog rassemble diverses traductions et commentaires d'Emma Cataneo, de textes traditionnels issus du Trika Śaiva,

la tradition non duelle du Shivaïsme du Cachemire.

Vous y trouverez :
– āgama du Trika  traduits du sanskrit

– commentaires
– indications pour la pleine compréhension et clés d'entrée dans la Voie

Chaque article peut être lu indépendamment comme une introduction progressive aux enseignements du Trika.

 

 

Chummāsaṃketaprakāśaḥ

 

La Lumière des Instructions des Chummā

par Niṣkriyānandaḥ

 

Traduit du sanskrit par Emma CATANEO

 

Chapitre 1 : Pustakopadeśasaṃgraha

Résumé de l'enseignement du manuscrit

1

[...]né de la grande irruption de la chute du regard.

2

Je tombai à terre comme un arbre subitement coupé à la racine,

et cette “terre” fut comme l’incomparable au-delà ,

dépouillée de l’appareil intérieur et extérieur.

3

Incommensurable, sans perturbation,

puissance au-delà du temps et du hors-temps, sans demeure,

portant à la fois la séquence et la non-séquence.

4

Saturé du torrent d’émerveillement de la béatitude suprême “sans contact”,

libre de toute fixation dans la béatitude, sans immersion ni prise,

libre de toute oscillation entre être et non-être.

5

Sans concepts, et pourtant non figé dans un simple “sans-concept”,

la conscience, délestée de ses déterminations ordinaires,

fut atteinte d’un coup, purgée du collyre des impressions latentes.

6

Là, je demeurai longtemps immobile,

puis soudain je m’éveillai légèrement,

sous l’effet de sa grâce.

7

Secoué par l’émerveillement de la joie d’une conscience inédite,

je restai saisi de stupeur, porté par une félicité constante.

8

Lorsque la notion de “je” fut dissoute
et que je fus détourné de la prolifération scripturaire,
alors je questionnai le Siddhanātha,
porteur d’un manuscrit.

9

Cette “terre” que j’ai éprouvée par ta grâce,

difficile d’accès et sans trouble :

comment puis-je la reconnaître de tous côtés ?

10

Je la reconnais sans cesse ; explique-la moi donc, ô Seigneur.

Alors ce grand être, établi dans le silence, tout particulièrement :

11

Lorsque la vision, lancée dans le ciel supérieur,
saturée de non-séquence
à partir de ce fondement,
s’est élevée de cet espace suprême.

12

Elle est de nature non différente de Śiva,
demeure de la Parole suprême,
s’étendant jusqu’à la parole articulée,
ayant dépassé le Kula,
dépourvue de tout support.

13

Elle est connue comme Bhairavī,
de nature sans résidence.

14

Toujours, il saisit cette forêt
libérée de tous les voiles,
dans la non-différence.
Celui nommé “Aṭavīla”,
porteur de la forme du ciel éternellement levé.

15

Le Suprême,
ayant pour corps la saveur égale
de consciences toujours nouvelles.

16

Ce filet de śāstra, qu’est-ce donc ?
Ton illusion n’est-elle pas encore tombée ?
Vois, ô brahmane, ce petit manuscrit,
qui se tient dans la main du Siddhanātha.

17

Le serpent à cinq capuchons
qui s’y tient fermement lié,
sache qu’il est la puissance constituée des cinq sens,
ô toi qui as franchi le Krama.

18

Les deux anneaux qui s’y trouvent
sont les formes de veille et de rêve.
Et ces deux planchettes,
écoute-les brièvement.

19

La planchette supérieure
est le prāṇa,
connu comme à sept flammes.
La planchette inférieure
est la forme de l’apāna.

20

Je suis établi, ô deux-fois-né,
comme la forme des deux flux, en vérité.
Ces deux planchettes sont dites être

la forme d’émergence du Kula et du Kaula-Krama.

21

Ces deux [planchettes] sont de nature immersive :

expansion et apaisement portés à leur intensité.

Celle qui est au-dessus est la Śakti de pleine puissance, dont la nature est l’éclosion.

22

Placée en dessous, cette puissance mince-de-corps,
dévorante, est la puissance souveraine.
Ayant brisé cette paire de planchettes,
vois au centre par réflexivité consciente.

23

Le grand vide et au-delà du vide,
dépourvu du périssable et de l’impérissable.

24

Sans contact, espace suprême,
sans résidence, sans-au-delà,
ayant dépassé tout, sans apparence,
toujours présent partout,
le Suprême, fin du temps qui dévore création,

maintien et résorption.

25

Libéré de tous les voiles,
propre nature,
directement accessible à soi.
Ainsi, ayant réalisé directement
ce principe suprême,
par moi, selon la progression.

26

Tout le filet des śāstra
a été abandonné entièrement, de tous côtés.
Par le Siddhanātha intelligent,
ayant abandonné la prolifération scripturaire.

27

Il me vit alors,
et, satisfait, me parla:
« Tu es apte, ô bien-aimé,
dans ce grand Krama difficile. »

28

Ayant ainsi parlé,
rempli de compassion,
le Seigneur m’instruisit.
Un certain enseignement des Chummā,
déploiement de termes indicatifs.

29

Difficile à comprendre
même pour les plus grands yogis, de tous côtés.
Car, c’est un pas
vers la grande fulgurance,
audacieux, inébranlable.

30

L’ayant atteint, presque par force,
je suis établi dans l’état pleinement éveillé
Ainsi, dans ce principe merveilleux,
par la grâce du Siddhanātha.

31

J’ai atteint
l’indescriptible,
dissolvant la masse des constructions conceptuelles,
Ce quelque chose absolument inédit,
je te l’exposerai intégralement.

32

Tu es dévot
dans tous les sièges sacrés,
toujours établi dans le Brahman [Conscience absolue],
Et pourtant,
la suprême paix
n’a pas encore été correctement atteinte par toi.

33

Pourquoi erres-tu, ô fils,
t’appuyant sur une pensée hésitante ?
Tu es apte à la connaissance suprême;
c’est pourquoi, cesse.

34

Je vais exposer l’enseignement oral,
tel qu’il a été reçu, selon la progression.
Dépourvu de mélange avec les traditions doctrinales,
toujours énoncé.

 

Chapitre 2 : Chummopadeśaḥ — Les Enseignements des Chummā

35

Dépouillé du lien entre adoré et adorateur,
au regard du principe suprême.
Par l’éclosion d’un esprit unifié
dans le discernement, ô grand sage.

36

Écoute le déploiement du pas secret,
qui doit être connu.
Le principe suprême, sans résidence,
établi sur la voie du principe pour toi,
tradition des Chummā sans équivalent,
de tous côtés.

Liṅgābhijñāna — Reconnaissance du Signe (Section 1)

37

Sous l’emprise de mon propre élan,
mon esprit parfumé par ta grâce,
je vais te le faire voir assurément, rapidement,

par des paroles plus explicites.

38

Là où toutes ces consciences,
émergeant de l’extérieur vers l’intérieur,
dans l’espace suprême sans contact,
dans le suprême Śiva sans résidence

39

Au-delà du manifesté et du non-manifesté,
beau de béatitude immobile,
elles se résorbent, par le yoga du Krama.
Cela est appelé le signe suprême.

40

Cela même,
dépassant tout,
est proclamé hautement,
car omniprésent.
Toujours, comme reconnaissance de soi,
au-delà de la triple division du monde.

Araṇisamudāyu — L'Union des Bâtons de Feu (Section 2)

41

Cette puissance,
de nature non différente de Śiva,
est suprême, selon l’akrama.
Elle est surgie,
sous forme d’éclosion suprême,
se mouvant librement.

Cakreśīmelaku — La Rencontre avec Cakreśvarī (Section 3)

42

Le frottement des deux araṇi,
est la grande montée de la saveur égale.
De ce heurt,
naît une vision sans désir,
impérissable.

 

43

Ensuite,
après la création compacte
d’un vaste épanouissement de conscience,
[apparaissent] les modalités du paramākāśa sans voile.

Kālagrāsu — La Dévoration du Temps (Section 4)

44

De forme de rayons de la Cakreśvarī,
dépourvues du clan des divinités,
unies,
dans le lieu blanc sans résidence,
diffusées partout .

Karaṇku sumati — La Bonne Intelligence des Instruments (Section 5)

45

Lorsque le temps,
ayant pour forme les divisions de la création etc.,
dans la résonance de conscience akrama,
atteint la résorption,
cela est appelé dévoration du temps.

Manumati paricāraku — Le Serviteur de l'Esprit (Section 6)

46

L’épanouissement
fait de conscience et béatitude,
constitué de volonté, connaissance et action,
là où le corps des instruments,
rougi par l’offrande,
devient fleur.

47

Dans le suprême
où se rejoignent les expansions
du dualisme saisissant/saisi,
dans le plan égal
de la saveur du grand heurt d’union.

Ahamiti ghaṭṭanu — Le Heurt du "Je" (Section 7)

48

L’esprit,
là même,
devient serviteur
dans la demeure de conscience sans voile.

 

Phalanirvāṇu — Le Fruit de l'Extinction (Section 8)

49

Alors,
le heurt
de l’ego du limité et de l’illimité,
un certain dépassement de progression,
brille,
dépouillé de toute division.

 

50

Parfois,
dans le plan sans-au-delà,
pour celui qui a vu le principe, toujours,
à partir de l’épanouissement sans cause du fruit,
survient
une parole de nirvāṇa,
au-delà de toute conjecture.

Rami ekāyanu — La Voie Unique (Section 9)

Parādyāvanvryā — L'Activité de Parā etc. (Section 10)

51

De là, partout,
accomplissant toutes les actions de quelque manière que ce soit,
sans trouble,
omniprésent,
il joue,
étant le chemin unique, inébranlable.

 

52

Ensuite, par liberté propre,
émergeant toujours, sans division,
les paroles,
de nature parā et autres,
ayant pour fonction la manifestation de différence et non-différence.

Nṛtta-gīta-prayāsu — L'Effort de la Danse et du Chant (Section 11)

53

Même l’apparition de la roue des lettres,
atteint la nature d’immobilité,
sans déchoir
de la nature du suprême espace.

 

54

Ensuite,
dans Śiva établi comme le lieu de conscience suprême,
les formes
allant de la vision jusqu’aux mains et pieds,
sont établies sans séquence.

Ovalli-yajanu — Le Sacrifice des Offrandes (Section 12)

55

Et également,
l’apparition infinie
des rayons et des paroles,
lentement manifestée,
dans le jeu
d’absence d’entrée et d’entrée.

 

56

Il est dit que l’offrande
appartient au grand Seigneur, l’Âme suprême.
Elle est non artificielle,
des vagues d’épanouissement
de la famille infinie de volontés.

Anubhava-śānti — La Paix de l'Expérience (Section 13)

57

Les Ovallyāḥ,
sont les formes
de l’ensemble de conscience
expansé en l’univers des formes etc..
Par elles,
le sacrifice suprême est accompli.

 

58

Ainsi,
dans cette roue du saṃsāra,
jouant comme le monde,
pour quelqu’un
qui a reconnu sa propre nature,
toujours satisfait.

Kulamadhu peyu — Boire le Miel du Kula (Section 14)

59

Par l’émerveillement
de la joie de l’expérience suprême, toujours,
par la dévoration des expériences limitées,
s’élève la paix suprême.

 

60

Le Kula est dit
être de nature de la puissance suprême,
né du non-contact.
Cela même est la boisson,
le vin,
qui dissout les catégories.

Śūnyātītavṛtti — L'Activité au-delà du Vide (Section 15)

61

Toujours, la suprême rotation,
dépourvue de l’illusion du réel et de l’irréel,
pure pour les sages,
vibration,
au-delà du vide,
toujours surgissante.

Anāmanidrā — Le Sommeil sans Nom (Section 16)

62

Quand les deux sons, frappé et non-frappé,
émergeant à l’extérieur et à l’intérieur,
sont résorbés,
alors,
elle demeure établie,
sans saisie.

 

Bhautiku dinu — Le Jour des Éléments (Section 17)

63

Par l’épuisement
de la masse de la prolifération
de toutes les modalités d’existence,
en raison de son inexprimabilité,
ici, elle est appelée
le sommeil sans nom,
la paix suprême.

 

Pakṣākiśo — La Destruction des Ailes (Section 18)

64

Lorsque
les effets des grands éléments
à partir de la terre etc.,
associés à leur cause,
apparaissent partout,
cela est appelé
le jour matériel.

 

Rātrī āgamu — La Venue de la Nuit (Section 19)

65

Là où,
l’élan
de la saisie du soi et du mien
se résorbe,
son plan est sans clignement,
subtil,
dévorant en un seul engloutissement.

 

66

Quand une seule chose est,
une certaine nuit
est complètement atteinte.
Elle est la destructrice
de la destruction universelle,
toujours surgissante.

67

Occupée
par l’engloutissement
de la manifestation
de la distinction entre conscient et inconscient,
celle-ci
est le grand vide et au-delà du vide,
de forme non duale imperceptible.

Mutto kiñcīnā — Le Libéré du « Quelque chose » (Section 20)

68

Celle qui
accorde constamment, instantanément,
la division entre lettre et non-lettre,
est appelée
la nuit terrible,
indicible,
de forme séquentielle.

 

69

Ainsi,
dans ce suprême espace,
établi partout,
la diversité
de différence et non-différence etc.,
de forme consciente et inconsciente,
toujours.

70

Il n’y a nulle part un libéré [séparé],

là où tout est résorbé.
Cela
brille toujours,
ininterrompu,
illimité.

Akulapaveśu — L'Entrée dans l'Akula (Section 21)

71

De nature de conscience,
vu selon l’akrama,
dépourvu de diminution et d’apparition
sans vague,
sans apparence,
surgissant au-delà de toutes les apparences.

 

72

Sans voile,
semblable à l’illimité,
libre de fixation dans la béatitude,
sans support,
lumière suprême,
sans vibration,
de forme de pure conscience pacifiée.

73

Plan inébranlable
de repos
dans l’expansion des multiples puissances,
accessible uniquement à la propre nature,
lorsque les expériences limitées sont épuisées.

Avasānabhūmi — La Terre Finale (Section 22)

74

L’Akula,
ainsi nommé par les maîtres,
sans nature propre,
toujours surgissant.
Par la transition
« Il est moi »,
l’entrée là se produit.

 

75

Par la séquence extérieure et intérieure,
ces plans d’épanouissement de conscience,
qui scintillent, instables, toujours,
ayant pour fonction la manifestation de différence et non-différence.

76

Mais,
la forme suprême de saveur égale
de celles-ci,
brille
par le dépassement
du sacrifice profond,
elle est appelée
le plan terminal.

 

Avācyakathā — Le Discours Indicible (Section 23)

77

Par l’ascension à ce plan,
naît un grand silence,
dépourvu
des mauvaises constructions
de mot et de sens,
toujours surgissant.

Dehavināśanu — La Destruction du Corps (Section 25)

78

C’est pourquoi,
est indiqué
un discours suprême indicible.
Ou bien,
à dire
au moyen de formes,
libérées de lettre et non-lettre.

 

Nirūttarottaradaśā — L'État au-delà du Sans-au-delà (Section 26)

79

Même lorsque ce corps existe,
l'effacement de la notion des trois corps,
est la destruction, par la grâce de la bouche du Guru.

 

80

Une certaine condition
au-delà même du sans-au-delà,
dépourvue de séquence et de non-séquence,
se manifeste
à partir de l’aller-retour antérieur,
de l’éternellement pur.

Śrīnāthaprāptiḥ — L'Obtention de Śrīnātha (Section 27)

81

Śrī est dite être la puissance suprême,
pleine de la manifestation de l’univers.
Celle qui est vibrante, non-duelle —
son Seigneur est l’Anuttara.

Nirīhacarcā — La Discussion sans Effort (Section 28)

82

Celui dont la forme est paix et au-delà de la paix,
est appelé Śrīnātha, impérissable.
L’obtention est l’entrée
dans cette forme —
elle devient inébranlable.

 

83

Le mouvement
des gestes et du corps,
impulsé par l’épanouissement de conscience,
par cela,
dépouillée de sa forme,
est appelée la voie sans mouvement.

Lelihacaryā — La Conduite du Lécheur (Section 29)

84

Celle qui est dite ici
l’état sans effort,
par l’engloutissement des constructions mentales,
même quand il y a agitation,
demeure toujours,
resplendissante partout.

 

85

La manifestation du monde
est toujours dévorée par le temps.
Et celui-ci est lui-même dévoré
par celle qui est la conscience de la grande dissolution

Paryantachummā — La Chummā Ultime (Section 30)

86

C’est elle, ici, toujours,
la Déesse,
dévorant,
demeurant sans séquence.
Non entravée,
directe, non médiate,
toujours surgissante.

 

87

La grande montée
des Chummā suprêmes,
est la conscience du grand terme.
Elle est dépourvue
des discussions
issues des multiples doctrines.

Anāśriti — Le Sans-Support (Section 31)

88

Issu
de bouche en bouche,
appelé audace,
merveilleux,
toujours surgissant
par l’épuisement
de l’épanouissement du temps et du non-temps.

 

89

Parce qu’il est dépourvu
des chaînes d’émergence d’agitation de la volonté
et des désirs, partout,
celui-ci est véritablement
de nature sans vague.

90

Sans désir,
sans modification,
dépourvu de tout support,
toujours engagé
dans l'assimilation
de la saveur de la saveur égale.

Panthāvadhūcī — L'Errante du Chemin (Section 32)

91

Bien qu’il joue partout,
dépourvu de tout support déterminé,
entouré
par les splendeurs
de l’épanouissement de conscience,
sans entrave.

Maccī umaccī — L'Ivre et la Folle (Section 33)

92

Il atteint
la condition d’errant,
allant au-delà des états mentaux,
non attachée,
comme l’eau posée sur un pétale de lotus.

 

93

Par le surgissement de sa propre liberté,
elle parvient à l’absence de réflexion.
De nature de renouvellement toujours neuf de conscience,
dévorant tout.

94

Dépourvue
des jugements de convenable et d’inconvenable,
toujours mobile,
celle qui demeure plénière,
celle-là est dite être entrée dans l’état d’ivresse.

Sarvabhakṣagrāsakā — La Dévoreuse du Tout-Dévoreur (Section 34)

95

Ayant contemplé le suprême Śiva,
son agitation étant maîtrisée par lui,
la conscience est dite
être ivre-extatique,
et dès lors
infaillible pour les sages.

 

96

Celle qui est prête
à dévorer
ce qui a pour forme
la prolifération des états mentaux,
le corps de la dévoration totale,
est suffisante
par la grande montée de la saveur égale.

Bharitavyāpaka — Le Pénétrant Plein (Section 35)

97

De forme extrêmement aiguë,
de nature sans voile,
c’est elle, ici,
qui est appelée
la dévoreuse du dévoreur universel.

 

98

Cette conscience,
à puissance inépuisable,
sans corps,
par l’offrande
de l’épanouissement
des états
d’expansion du monde.

Niṣkaraṅku yogu — Le Yoga sans Marque (Section 36)

99

Elle est dite
pénétrante,
de nature sans voile,
du Bhairava
à lumière infinie,
sans forme.

 

100

Les treize formes de mains,
qui sont les mouvements d’agitation de tous les sens,
sont les marques
de celle qui est sans résidence,
l’expansion de la conscience sans corps.

101

Cela est appelé le sceau.
Par sa dévoration, il est non voilé.
Il est désigné comme sans marque,
sans support, sans appui.

Akāyakhecara — Celui qui se Meut dans le Ciel sans Corps (Section 37)

102

Suprême,
excellent yoga,
secret,
dépourvu de méditation déterminée.
Il brille toujours,
dans les consciences sans absorption fixée,
par absence de restriction.

 

Bharitapūrṇā — La Plénitude Remplie (Section 38)

103

Par cela même, toujours,
libéré des constructions et des conceptions du corps,
ayant dépassé les états limité et illimité,
il devient
celui qui se meut dans l’espace de conscience.

 

104

Car
la manifestation de l’univers
est remplie
par celle qui est sans résidence,
par cette conscience
de nature libre,
elle est cela même, toujours.

Pūrṇakiśī — Le Rayon de Plénitude (Section 39)

105

Du fait qu’elle est de nature d’épanouissement propre non fragmenté,
elle est forme plénière.
Pleine de l’écoulement de la suprême béatitude,
elle est appelée nectar.

 

Lelihānā lāmā — La Lécheuse Lāmā (Section 40)

106

Ainsi,
bien qu’ayant nature plénière,
elle est dévoreuse unique du grand engloutissement.
Abandonnant les mouvements de l’espace au-delà de tout ,
elle est dite subtile.

 

107

Par le yoga des états tels que la compassion etc,
ou par le yoga non séquentiel,
par soudaineté,
en tant que dévorant,
elle est appelée
la dévoreuse Lāmā.

108

Parce qu’elle absorbe
tout l’univers,
elle est mère, partout.
Elle est ici appelée Lāmā,
omniprésente,
dépourvue de tout.

Kodhinā — La Furieuse (Section 41)

109

Celle qui,
par la fonction même de destruction universelle,
crée tout en un instant,
demeure partout dans l’univers,
celle-là est appelée
la suprême Lāmā.

 

110

Elle-même, ici,
est appelée toujours la Furieuse,
car elle est destructrice universelle.
Ainsi,
elle est agitée
par l’expansion
de la connaissance sans commencement.

Ubhayasṛṣṭi — La Double Création (Section 42)

111

De celle dont la forme est surgissement sans division,
ayant pour seule nature son propre être,
bien qu’établie dans l’expansion du Kula,
elle est de nature à manifester la différenciation des états.

Prāntakathāvadhi — La Limite du Discours Final (Section 43)

112

La manifestation de la création des deux,
toujours faite de différence et de non-différence,
est la création suprême, non suprême et intermédiaire,
libérée,
toujours surgissante de Śambhu.

 

113

Celle dont
la création, de telle nature,
se manifeste librement,
de la conscience
brillante sans voile,
de forme Anuttara.

Śūnyasaṅghaṭṭu — Le Heurt du Vide (Section 44)

114

Elle-même,
de forme paix et au-delà de la paix,
est appelée ici la limite du discours,
dépourvue
des constructions illusoires du réel et de l’irréel,
impérissable.

 

Nijajanmagrāsu — La Dévoration de sa Propre Naissance (Section 45)

115

Dans le lieu de conscience vide et au-delà du vide,
un heurt demeure toujours.
Par cela,
elle est dite
destructrice de toute destruction.

 

Anicchiccha — Le Non-Désir du Désir (Section 46)

116

La conscience,
de nature d’épanouissement des multiples actes de conscience,
de sa propre naissance,
brille toujours
comme dévoreuse,
omniprésente,
dans l’absoluité.

 

117

La modification de conscience
qui se manifeste
associée au désir,
est ici appelée volonté,
avide de dévoration d’objets.

118

L’ayant abandonnée,
celle qui brille toujours, pure,
sans résidence,
pleine uniquement
de l’émerveillement
de l’immersion dans sa propre nature.

119

Là où,
dans le grand espace de conscience,
sans vague, toujours surgissant,
elle est appelée
une certaine volonté non-volonté,
toujours émergente.

120

Là,
survient directement
un certain discours indicible, suffisant.
Quand le plan Anuttara est atteint,
d’où viendrait la saisie de différence dans la parole ?

Apūjā pūjā — La Pūjā sans Pūjā (Section 47)

121

La pūjā à cinq offrandes,
artificielle,
située à l’extérieur,
là elle va vers la dissolution,
dans quelque plan sans séquence.

122

Elle est appelée apūjā;
cette pūjā est suprême et impérissable.
Portée par les cinq flux
de la grande conscience toujours surgissante.

123

L’espace suprême sans résidence,
non séparé de Bhairava,
plein de l’épanouissement
de la grande connaissance non construite.

Amudrā mudrā — La Mudrā sans Mudrā (Section 48)

124

Toujours engagé
dans la dévoration du monde mobile et immobile,
il est unique,
immense,
ce culte,
toujours surgissant.

 

125

Dépourvue
des mudrā fabriquées
telles que Karaṅkiṇī etc.,
libérée de la contraction due à la saisie d’une forme,
ayant forme d’une direction ouverte.

Amantre mantra — Le Mantra sans Mantra (Section 49)

126

Elle est dite la mudrā non-mudrā,
dans ce grand festival de pūjā.
Celui-ci,
non construit,
resplendit,
marqué d’un son retentissant.

 

127

La conscience
n’est même pas légèrement
touchée par les masses
de constructions mentales,
car elle se manifeste par simple résonance.

128

Ainsi,
il y a une certaine forme
sans absorption,
sans vibration,
sans son, toujours,
dépourvue du surgissement de lettres et non-lettres,
toujours surgissante.

129

Le grand son,
non prononçable,
dépourvu de son frappé et non frappé,
omniprésent,
allant partout,
dans le mantra,
est dit le mantra suprême.

 

Akaraṇe karaṇu — L'Instrument du Non-Instrument (Section 50)

130

Par les instruments,
tels que la danse tāṇḍava etc,
innombrables,
fabriqués,
toujours,
il demeure,
rejeté
par ceux qui secouent corps et souffle.

Asambandhe sambandha — Le Lien du Sans-Lien (Section 51)

131

Ceci est déclaré
comme non-acte à accomplir,
et comme l’instrument suprême et grand.
Par l’épanouissement de conscience à travers tous les sens,
il manifeste sa propre nature.

132

Entre le « je » et le « cela »,
le lien est toujours établi, immobile.
Tout cela
va vers la dissolution
dans le plan de conscience sans ego.

133

En tant que transcendant tout,
correctement,
dans l’espace pur
qui est omniprésent,
le non-lien est appelé le lien suprême,
hors de toute séquence.

 

Anāhāratṛpti — La Satisfaction sans Nourriture (Section 52)

134

De la connaissance
de la manifestation des formes etc.,
naît
la satisfaction suprême,
égale à la grande conscience de Bhairava.

Adṛṣṭadarśana — La Vision de l'Invisible (Section 53)

135

Par l’union à l’état sans prise,
ayant abandonné la forme corps-souffle,
de celui qui est entièrement pénétré
par le contact du grand Vimarśa.

 

136

Dans la connaissance
qui a la forme d’organe intérieur,
présente partout,
est la grande réalité transcendante,
de nature reconnaissance.

137

Par cela même,
le regard suprême
est directement établi toujours,
dans tous les états et objets,
comme suprême et sans résidence.

Acāru cāru — Le Mouvement du Non-Mouvement (Section 54)

138

L’abandon
des conditionnements et raisonnements
du sujet et de l’objet,
est atteint
par la tradition
venue de la bouche du véritable maître.

 

139

À partir de la densité de la conscience sans voile,
par la stabilité inébranlable,
le non-mouvement
est nommé,
comme le diamant, immobile toujours.

140

Lui-même,
dans la manifestation de toutes les consciences,
selon sa propre liberté, partout,
est le mouvement du mobile,
et le mouvement du non-mobile,
immuable,
non troublé, suprême.

Vyomācāru — Le Mouvement de l'Espace (Section 55)

141

Ainsi,
atteignant l’état de l’espace suprême,
toujours et partout,
elle resplendit
comme la lumière du soleil,
après avoir rempli le mobile et l’immobile.

Sañcāru — Le Mouvement (Section 56)

142

Celle qui est émerveillement
sans apparence,
sans absorption,
sans jouissance,
dont la puissance est pur contact,
est appelée la voie de l’espace.

 

Paryantuasāru — L'Essence Ultime (Section 57)

143

Venu de bouche en bouche,
dépourvu de toute construction mentale,
cet enseignement oral suprême,
est le mouvement intérieur,
illimité, établi.

 

144

Car cette lumière de conscience
resplendit comme toute chose,
de nature expansion suprême non duelle,
à forme indivisible.

Akalito saṃsāru — Le Saṃsāra non Construit (Section 58)

145

Les couleurs telles que bleu, jaune, blanc etc.,
établies dans le domaine de l’objet,
toutes celles-là
ont continuellement
perdu toute essence.

 

146

Le saṃsāra,
de nature agitation spectaculaire de différenciation,
fait de constructions mentales,
demeure toujours
chez ceux dont la conscience est fixée sur la saisie.

Mithyābhimānu — La Fausse Identification (Section 59)

147

Mais pour ceux dont le cœur est éveillé,
par la dévoration des constructions mentales, toujours,
la lumière d’Anuttara-Śiva
resplendit partout.

 

Guhyopadeśu — L'Enseignement Secret (Section 60)

148

L’ego fondé sur le corps, le souffle etc.
est faussement accepté par les gens.
Mais en réalité,
brille toujours
la nature de conscience,
indestructible.

 

Svapnabhramu — L'Illusion du Rêve (Section 61)

149

Bien qu’il brille toujours,
pour tous et partout,
cet enseignement,
secret,
est reçu
par la bouche du guru.

 

150

Dès que cela est atteint,
l’illusion de l’expansion du monde
du déploiement de l’être et du non-être
devient semblable à une illusion de rêve.

Chalāchalabhūmi — La Terre du Mobile et de l'Immobile (Section 62)

151

Le mouvement est un surgissement issu de quelque chose;
sa disparition est appelée immobile.
Ainsi,
celle qui est faite de mouvement et d’immobilité,
établie comme une unique vague.

152

Cette stabilité du monde
est semblable à celle de l’océan.
Car, correctement,
elle est désignée
comme une cité des Gandharva alors.

Nirāveśabhūmi — La Terre sans Absorption (Section 63)

153

Étant de la nature d’une grande illusion,
sans essence,
fabriquée,
ainsi,
aucune saisie ne doit être faite ici
par les nobles
qui voient la réalité véritable.

 

Asphura ulatti — Le Retournement de la Non-Vibration (Section 64)

154

Ici,
il demeure donc
une certaine terre, sans support,
directement,
sans vague,
sans absorption,
suprême.

 

155

Là où,
dans le lieu suprême,
toujours expansif,
où tout est abandonné,
la vibration
de l’expansion infinie de la conscience
est entrée en dissolution.

156

Dans cet état de non-vibration,
dépourvu de tout voile,
cette même puissance
est désignée ici,
sans forme,
sans limite.

Akramakrama — La Séquence de la Non-Séquence (Section 65)

157

Par sa force,
tout,
de forme temps, division et non-division,
entre en vibration,
à partir du grand surgissement
de sa propre liberté sans mesure.

 

158

Tant que
les activités,
de nature différenciée,
demeurent à l’extérieur,
orientées vers la saisie d’objets,
cela est appelé séquence.

159

Mais dans le suprême au-delà de cela,
dépourvu de différenciation entre conscience et non-conscience,
dans le grand espace,
tout resplendit
comme non-séquence,
en non-dualité.

160

Celui qui resplendit
comme tel,
grand surgissement de non-séquence,
est lui-même
de toutes directions,
sans interruption,
au-delà de la séquence.

Alaya Udaya — Le Surgissement de la Dissolution (Section 66)

161

Dans la caractéristique précédemment énoncée,
infinie,
de nature puissance,
toujours surgissante,
toujours établie,
directement,
dépourvue de constructions conceptuelles.

 

Athicī thiti — La Stabilité au-delà de la Stabilité (Section 67)

162

Là où
la dissolution des objets,
et de là
le surgissement de sa propre nature,
est la manifestation d’indivisibilité,
dépourvue de lever et de coucher.

 

163

Là où
l’émergence de la différenciation
va vers la dissolution
dans le plan sans séquence,
dans l’inébranlable,
indicible et nommé,
cette stabilité
est stabilité impérissable.

 

Saṃhārāsṛṣṭi — La Création par Destruction (Section 68)

Vāyu Pṛthivī — Le Vent et la Terre (Section 69)

164

À partir du plan de la destruction de toute destruction,
cette création,
faite de totalité et de non-totalité,
de nature être et nature propre,
resplendit
hors séquence.

 

165

Celui dont la nature est mouvement et vibration,
porteur d’une forme instable,
est le vent.
Par cela,
il assume constamment
la fixité.

Jala Jalana — L'Eau et le Feu (Section 70)

166

De là,
la terre est dite
de nature dure.
Cette disposition
est de nature inverse,
hors séquence.

 

Jaḍa Ākāśa — L'Inerte et l'Espace (Section 71)

167

L’eau, connue
comme de nature fluide,
afin de saisir cela,
hors séquence,
a assumé
le corps du feu,
par la puissance de sa propre demeure.

 

168

Là où
la naissance et la dissolution
de ces quatre se produisent toujours,
cela
dans l’espace
est dit inerte,
par son immobilité,
sans conscience.

 

Viparītavṛtti — Le Mouvement Inversé (Section 72)

Kañcuka-svarūpa — La Nature des Enveloppes (Section 73)

169

Cette méthode
est exposée
selon la logique dite par la bouche du guru,
hors séquence,
par un mouvement inversé,
élevée,
comme réalisation directe.

 

170

Celle dont la nature est expansion de l’émergence des enveloppes,
omniprésente toujours,
a assumé
la fonction de fil conducteur
de la diversité du monde.

Māyīya-rūpa — La Forme de Māyā (Section 74)

Nairūpa — Le Sans-Forme (Section 75)

171

Toute forme
qui appartient au domaine du visible,
est māyīya,
déployée en différenciation,
non essentielle,
limitée,
et dépendante de la limite de son existence.

 

Avutta phala — Le Fruit Non-Dit (Section 76)

172

Ainsi,
cette forme matérielle,
touchée par la conscience sans résidence,
resplendit toujours
en réalité
comme sans forme
pour celui qui cherche le suprême.

 

173

Sans cause,
aux branches infinies,
simultanément et hors séquence,
toujours,
avec différenciations suprêmes et non suprêmes,
ayant forme intérieure et extérieure.

174

Le grand fruit,
épanoui,
de l’accomplissement du déploiement des activités mentales,
est non semé,
dans l’espace de la conscience suprême,
et alors,
porteur d’émerveillement
pour les sages.

 

Anaṣṭidṛṣṭi — La Vision Non-Détruite (Section 77)

175

Cette vision,
bien que située à l’extérieur,
est de nature non différenciée,
et également intérieure,
elle resplendit
comme non différenciée,
pure,
sans illusion, toujours.

176

Pour cette paire de regards,
le mouvement
en tant qu’attraction ou projection
est suffisant.
Au-delà de cela,
est établie
une caractéristique dépassant cela.

Padmavṛṣṭi — La Pluie de Lotus (Section 78)

177

Il existe
une vision suprême,
non détruite,
parfaitement lumineuse,
de nature surgissement du grand savoir,
sans résidence,
sans crainte.

 

Sarvanāśa — La Destruction Totale (Section 79)

178

Comme une pluie de lotus,
elle tombe d’en haut,
toujours,
partout,
pénétrant la manifestation du monde,
suprême non duelle.

 

179

Là où,
par la grande chute hors séquence,
toute saisie, sans reste,
est frappée soudainement
par la puissance de son propre Soi,
établie dans corps, souffle etc..

180

De même,
ce qui est propre,
infini,
étendu aux objets et aux sens,
dans l’espace suprême du non-contact,
terrible,
fait de dissolution de l’être.

181

Par l’état d’harmonie,
toujours,
tout va vers la dissolution en tous sens.
Celui-là,
calme au-delà du calme,
est Śiva,
infini,
suprême,
impérissable.

 

Grasanagrāsa — La Dévoration de la Dévoration (Section 80)

Nirāvaraṇalābha — Le Gain sans Voile (Section 81)

182

Le destructeur même de la dévoration,
forme de la grande destruction,
difficile à atteindre,
est directement expérimenté
par méthode fulgurante.

 

Nirālokaprakāśa — La Lumière sans Lumière (Section 82)

183

Le gain suprême,
non fabriqué,
est le renversement sans voile.
Ceci est précisément
l’intention du guru,
dévorant la dévoration.

 

184

Dépourvu
de toutes lumières
intérieures et extérieures,
ceci même
est la lumière de la grande conscience,
infinie,
toujours surgissante.

Śivāśivanāśa — La Destruction de Śiva et non-Śiva (Section 83)

185

Ceci même
est le dévoreur de la grande dévoration,
dépourvu de construction mentale.
Il est clairement atteint
par la conscience
de nature aiguë et plus qu’aiguë.

 

Naṣṭe kālanāśa — La Destruction du Temps Détruit (Section 84)

186

Ceci même
est le destructeur
de Śiva et non-Śiva,
ayant nature à la fois de contrainte et de libération,
sans vague,
sans interruption.

 

187

Celui qui est le dévoreur
de la nature intérieure
faite de conscience et de constructions mentales,
est le non-temps,
appelé conscience sans construction.

Diṣṭināśa — La Destruction de la Vision (Section 85)

188

Lui aussi,
là où il est entré en dissolution,
dans le plan sans dépendance, hors séquence,
celui-là,
libéré de tout doute,
demeure.

 

Rūhacāra — L'Essor (Section 86)

189

Ceci même
est appelé
la destruction de toute vision
de la puissance de voir.
De nature connaissance suprême sans signe,
immense,
sans limite.

 

190

Il est appelé
l’essor
du Vimarśa
du premier surgissement jusqu’au sommet suprême.
Là même,
est le mouvement,
établi dans le mouvement,
éternellement pur.

Acāra — Le Non-Mouvement (Section 87)

Avibandha-mudrā — La Mudrā Non-Entravée (Section 88)

191

Ainsi,
à partir de sa propre nature suprême,
sans parties,
il agit de nouveau,
accomplissant toujours toute action,
voyant tout avec égalité.

 

Avācyasambandha — Le Lien Indicible (Section 89)

192

Ceci est la grande mudrā,
dépourvue de kula, akula et divisions,
toujours
non entravée
par tous les surgissements de conscience.

 

Avitto prasāda — La Grâce Non-Acquise (Section 90)

193

La stabilité,
éternellement unie
avec la nature transcendante,
est de nature harmonie.
Ce lien
est dépourvu de parole.

 

Aniyatopadeśa — L'Enseignement Non-Déterminé (Section 91)

194

Ceci est la grâce suprême,
resplendissant toujours
par sa propre nature,
à la gloire infinie sans retour,
dépourvu de toute désignation.

 

Vādava-karaṇa — L'Instrument du Feu Sous-Marin (Section 92)

195

L’enseignement
est non déterminé,
ayant pour caractéristique l’absence de doute,
non voilé
par les dualités support / non-support.

 

Khamudrābhyāsa — La Pratique de la Mudrā du Ciel (Section 93)

196

Le surgissement de multiples activités,
est toujours
englouti
par retournement.
Alors,
le corps comme instrument
est appelé feu vādava.

 

Jambukīkaraṇa — La Pratique du Chacal (Section 94)

197

Ceci même,
toujours antérieur,
dépourvu de la séquence abandon / acquisition,
puissance du lieu lumineux,
est appelé pratique de la mudrā de l’espace.

 

198

Le "chacal"
disparaît
par le retournement du regard.
De même, ici,
la conscience suprême [demeure].

Āpāgāsu — La Disparition (Section 95)

199

Ayant contemplé,
soudainement,
l’expansion du corps
entre en dissolution.
Cela est appelé jambukīkaraṇa,
un certain
processus de séquence hors séquence.

 

200

Le Soi,
envahi
par les impuretés telles que āṇava etc,
en raison de l’adhésion à la saisie du corps etc,
est révélé
comme dévorant cela,
comme le passage au-delà,
par l’inépuisabilité.

Sakalaharaṇa — L'Enlèvement Total (Section 96)

Khita khita — Éraflé, Éraflé (Section 97)

201

Par la porte de la dévoration totale,
cela même
est atteint ici spontanément.
Il est sans désir,
indicible,
dépourvu d’illusion du réel et de l’irréel.

 

Caṭṭaniścaṭṭī — Destruction et Heurt du Souffle (Section 98)

202

Ce déploiement varié du monde,
légèrement résorbé
par les propres actes de conscience,
cela même
est dit ici
être consommé
par l’expérience du sujet, de l’objet etc.

 

Lāhapravāhī — Le Courant du Flux (Section 99)

203

Caṭṭa est la destruction du souffle.
Niścaṭṭa est le heurt du souffle.
Ceci même
est désigné ici
comme l’émergence de caṭṭa et niścaṭṭa.

 

204

Celui qui prend toujours
la forme expansive
du surgissement et de la stabilité de la Śakti,
par cela même
il ôte rapidement.
C’est pourquoi il est appelé lāha.

205

Celui-là même
ayant forme de flux,
est appelé courant.
Il est de nature indestructible,
séquence sans raisonnement,
non-séquence.

Tanaghana — Le Mince et le Dense (Section 100)

206

Cela est la dynamique du flux lāha,
de nature perte et croissance.
Elle resplendit
comme apparence du ciel de sa propre nature,
sans coupure.

 

207

Par la destruction totale,
la conscience
devient extrêmement ténue [subtile] en tous sens.
Par l’expansion de la création libre,
elle assume la densité.

Antānta — La Fin de la Fin (Section 101)

208

De cette conscience unique,
toujours,
qui détruit le temps,
est établie
cette rotation ininterrompue
suprême et non-duelle,
appelée khaga.

 

Adharūpa — La Forme Inférieure (Section 102)

209

[...]La fin est dite être destruction.
Et la fin de celle-ci.
Cela resplendit partout,
dépourvu de constructions issues du déploiement des śāstra.

 

210

Par le mot « inférieur »,
est désigné
le connaissable,
illusion de forme etc.
Ceci est le domaine de la différenciation de l’existence,
agité par attachement, aversion etc.

211

Cela même
est ici nommé
essence sonore transcendante de tout.
Au-delà du couple manifesté / non-manifesté,
au sommet,
pénétré de Śiva,
suprême.

212

Et ainsi,
il a été dit par Ruru,
que par le mot « inférieur »,
en vérité,
on désigne toujours
la triple différenciation,
ayant pour forme création, maintien et résorption.

Diṭṭo niṭṭo — Le Vu et le Fixé (Section 103)

213

Est dit « supérieur »,
immédiatement,
cela même,
ici sans support.
Fin du corps dans la dévoration du temps,
présent en toutes directions,
sans interruption.

 

214

Ainsi,
tout composé de différenciation,
depuis le feu du temps jusqu’à Śiva,
lorsqu’il est vu une seule fois,
selon la désignation réelle,
hors séquence.

215

À cet instant même,
cela va à la dissolution,
dans l’état de conscience non-duelle.
Ayant résorbé le contact et le non-contact,
de toutes parts,
par absence même de contact minime.

216

Par la progression du discours sur la transmission de la pūjā,
orienté vers l’akrama,
grand surgissement du chant-discussion
venu de la bouche de la Déesse du Pīṭha.

217

Que triomphe
ce Non-né,
toujours manifesté,
qui conduit à l’espace de conscience suprême,
libéré du lien entre mot et signifié.

218

Ce flot de mots,
composé ici de cent plus cinq,
est établi comme suprême,
plein du secret des trente discussions,
toujours.

219

Cette discussion
resplendit intensément,
comme venue d’une juste gestation.
De bouche en bouche,
elle s’épanouit puissamment
dans le cœur des êtres nobles.

220

Ainsi,
la Réalité resplendit ici,
plus paisible que le paisible,
suprême,
dépourvue des constructions
de l’adoré, de l’adorant et de l’adoration etc.

221

Par l’épuisement
de la réalisation, du grand savoir, du yoga, de la méditation etc,
tout en agissant,
toujours,
partout et en tout.

222

Chez certains grands êtres, assurément, parmi les êtres de vérité dont l'esprit est akrama,
l'ego, orgueilleux, est frappé par six armes resplendissant puissamment.

223

Détruit par d’innombrables tendances dites « sens », celui qui [était ainsi], c’était bien moi autrefois, connu sous le nom de Durvāsā.

224

Celui qui auparavant avait obtenu le grand savoir par la grâce du Siddhanātha, c’est bien moi qui suis devenu sans activité, exempt de désir.

225

Pénétrant le lieu de conscience sans ego, toujours expansif, directement, partout et de toutes façons, même en se mouvant, non voilé.

226

Établi, immobile,
pénétré de sa propre nature,
sans peur,
ainsi,
ce secret incomparable,
sans peur,
t’a été révélé.

227

Inaccessible même aux causes,
sans aucun doute,
suprême,
indestructible,
sans saisie,
toujours manifesté pour tous.

228

Fondement inédit,
expansion du non-contact et du contact.
Ainsi,
y étant entré,
demeure constamment,
sans restriction.

229

Demeure, engagé dans l’état d’Unmanī,

dans ta propre liberté,
Conscience enivrée par l'assimilation extatique de l’expérience suprême.

230

[...] cela doit être dit de bouche à bouche,
et non écrit dans un livre,
car il est dépourvu de toute construction issue du déploiement des śāstra.

231

Ainsi,
par le grand surgissement du secret de la transmission orale,
a été extrait par le grand sage,
le nectar suprême,
plein et plus que plein,
l’essence,
portant le secret en son sein,
non élaboré par les constructions discursives des śāstra,
suprême.

232

Celui dont la nature est non conceptuelle,
ayant détruit la rotation et la résorption
du tumulte accumulé du saṃsāra,
avec une intelligence directe et limpide,
par un enchaînement de paroles concises,
le détenteur de la mudrā
a exposé
cette puissance infinie.

233

Ayant dévoré
le déploiement du temps, du non-temps, des catégories et de leurs agrégats,
par le mouvement de la conscience,
ayant brisé de toutes parts
le grand instrument du savoir objectif,
en vérité,
ayant ouvert
par la vision suprême de niruttara,
dans le signe appelé chummā,
au-delà de différence et non-différence,
sans égal,
une proclamation éclatante a été faite.

———

Ainsi s'achève le Chummāsaṃketaprakāśa, révélé par Śrī Niṣkriyānanda.

(