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Ce blog rassemble diverses traductions et commentaires d'Emma Cataneo, de textes traditionnels issus du Trika Śaiva,
la tradition non duelle du Shivaïsme du Cachemire.
Vous y trouverez :
– āgama du Trika traduits du sanskrit
– commentaires
– indications pour la pleine compréhension et clés d'entrée dans la Voie
Chaque article peut être lu indépendamment comme une introduction progressive aux enseignements du Trika.
Śrī Cid–Bhairava–Stotram
de Kṣemarāja
Śrī Cid–Bhairava–Stotram
Hymne à Bhairava qui est Conscience
Verset 1
Vous qui cherchez refuge dans le plan de la Conscience (citi–bhūmi–samāśrayaṇa), prenez appui sur la prospérité de la Conscience (citi–bhūtiṃ śrayata), ne vous égarez pas vainement (mā mudhā bhramata) ; Śiva, qui se manifeste ainsi (prathayan iti), incline vers la grâce (anugraha–pravaṇaḥ) des dévots (bhakti–matām) et triomphe (jayati).
Verset 2
J’honore (vande) Śiva (śivam), tout ce qui est saisi (grasta–samastam) par la roue resplendissante des organes (ullasita–karaṇa–cakra), qui est en vérité Bhairava en tant que Conscience (cid–bhairavam eva), le Suprême (param), de nature du nectar suprême (parāmṛta–rūpam), unique (ekam), d’une splendeur sans mesure (ati–dīptam).
Verset 3
Bien qu’on dise ici : “celui qui est loué, celui qui loue, et la louange” (stutyaḥ, stotā, stutiḥ iti), rien n’est en réalité distinct (na kiñcid astīha vibhinnaṃ). Car toute forme que l’on perçoit (mṛṣati yathā yad rūpam), devient telle (tathā bhavati etat) par la nature de la Conscience (cid–rūpatayā).
Verset 4
Ô Seigneur ( bhagavan ), je rends hommage ( vande ) à ta forme ( tvad–ākṛtim ), imitation ( anukṛtim ) de ton essence ( tattvaṃ ), laquelle est béatitude compacte de Conscience ( cid–ghana–ānandaṃ ), fond de toutes différences ( sarva–vibhedātma ), où toute différence s’est dissoute ( vigalita–sarva–vibhedam ).
Verset 5
De même que le tracé d’un homme (rekhā–puruṣaḥ) révèle l’homme (puruṣam), et que l’écriture des lettres (varṇa–lipiḥ) manifeste l’amas de lettres (varṇa–sañcayam), de même la forme aux aspects variés (tadvat vicitra–rūpam ākāraḥ) te révèle, toi, le Soi suprême (tvām vyanakti parama–ātman).
Verset 6
Là, entrant ( samāviśya ) en toi, purement non discursif ( avikalpam eva ), de forme conscience ( cid–rūpam ), nous saisissons quelque chose, à peine ( kim api manāk ), mais la Réalité ( tattvaṃ ) n’est assurément pas objet de construction mentale ( na hi… kalpanā–viṣayaḥ ).
Verset 7
Ayant fait rayonner la lumière de mon propre Soi ( svātma–prabhām vidhāya ), j’honore la Déesse Parole ( vāg–devīm ) par une offrande imaginée de fleurs qu’est la multiplicité des objets ( viṣaya–kusuma–kalpita–arcāḥ ) ; puis, après avoir salué le Guru, premier élan de l’éveil ( prathama–unmeṣaṃ gurum vanditvā ), j’entre dans le cœur ( hṛdayaṃ āviśya ).
Verset 8
Méditant ( vimṛśan ) je célèbre ( staumi ) le Grand Seigneur ( maheśvaram ), mon propre Soi ( ātmānaṃ svaṃ ), masse unique de conscience ( cid–eka–ghanam ), dans ce temple divin qu’est le corps ( etasmin deha–deva–gṛhe ), où s’est écoulé et dissous l’amas des liens ( srāvita–pāśa–kadambakam ).
Verset 9
Ô Souverain ( vibho ), triomphent (jayanti) les Puissances (śaktayaḥ) nommées Conscience, Béatitude, Volition, Connaissance et Action (citi, ānanda, icchā, vid, karaṇa), qui, atteignant à la distinction subtile et grossière (sūkṣma–sthūla–bhidā–āptāḥ), se manifestent par leur bouche, c’est-à-dire leur expression, en tant que “celles qui ont la splendeur des têtes de Brahmā” (vaktratvaṃ brahma–muṇḍa–vibhāḥ).
Verset 10
Tes six membres ( maṅga–ṣaṭkam te ), à commencer par le cœur ( hṛdaya–ādika ) et jusqu’à Sadāśiva ( sadā–śiva–āntam ), relèvent de l’omniscience et des autres perfections ( sarva–jñatā–ādi–viṣayam ) ; tout cela ( sakalaṃ ), en tant que forme des “êtres défaits” ( pretātmatayā ), constitue ton trône ( tava āsanam ), ô Maître ( svāmin ).
Verset 11
Ô Seigneur ( prabho ), la Puissance de réflexion (vimarśa–śaktiḥ) du Corps de la suprême Lumière (parama–prakāśa–vapuṣaḥ) est la Déesse suprême (parā devī); c’est de son seul épanouissement (asyā eva prasaraḥ) que proviennent toutes les déesses (sarvā devyaḥ), à commencer par Brāhmī (brāhmy–ādikā).
Verset 12
Tu assumes, ô Seigneur ( ādiśaḥ ), les formes du feu, de l’eau, du nectar, du rayon et du poison ( dahana–jala–amṛta–lekhā–viṣa–ādi–bibhrat–tvam ); et cet univers ( etat viśvam ), bien que contradictoire en lui-même ( viruddham api ), ne s’oppose pas ( na virudhyate ) en moi, qui suis de nature Être–Conscience ( sat–cid–rūpe mayi ).
Verset 13
Ô Maître ( svāmin ), tu montres ( darśayasi vai naḥ ) cette multitude de sujets limités ( mātṛ–nivahaḥ ayam ), sans substance ( niḥsāraḥ ), immergée dans le fil de la Conscience ( saṃvit–sūtra–nilīnaḥ ), toi qui portes la guirlande des têtes d’organes ( karaṇa–muṇḍa–mālā–bhārin ).
Verset 14
Voyez, voyez ! ces liens (pāśāḥ) douloureux (viṣamāḥ) sont toujours rejetés au dehors (ime bahiṣkṛtāḥ śaśvat) !” — ainsi, parlant subtilement (iṣat kathayan) de la structure interne (antra–dhāraṇam), tu te manifestes à nous (tvaṃ naḥ samābhāsi).
Verset 15
Ce voile de māyā (māyā–paṭaḥ), teinté de passion (sa–rāgaḥ), est ici jeté dans le ciel suprême (vyomni pare ’smin sa eṣa nikṣiptaḥ)” — ainsi, toi qui portes sur ta tête (mūrdhni vahan) la peau d’éléphant ensanglantée (gaja–carmaṇi raktaṃ), tu veilles pour nous dans la nuit (niśi śeṣa sa tvaṃ naḥ).
Verset 16
Tu révèles ( vyanakṣi ) cette épée ( asinā ), poignard de la puissance intérieure ( antaḥ–śakti–kṛpāṇīṃ ), qui tranche la transmigration ( saṃsṛti–vibhedinīṃ ); car les meilleurs des héros ( vīra–varāḥ hi ) sont ceux pour qui tout l’univers ( samasta–viśvāḥ ) a été embrassé par la grandeur de leur propre puissance ( nija–śakti–mahima–svīkṛta ).
Verset 17
Je suis le destructeur de la peur du devenir (bhava–bhaya–hantā so ’ham), je demeure établi dans la protection (sānāthye ’vasthito ’smi); n’ayez pas peur (mā bhaiṣṭa) !” — ainsi, par la révélation (ā–sphoṭita–darśanāt) du bouclier (kheṭaka), tu nous le montres (tvaṃ naḥ pradarśayasi), ô Maître (svāmin).
Verset 18
Le grand Temps (mahā–kālaḥ), enveloppé par le lacet de sa propre puissance (nija–śakti–pāśa–valitaḥ), est consumé (kṣīyate) par la cendre de Conscience (cid–bhasmanā).” — ainsi, par la maîtrise du lien (pāśa–dhāraṇa–vaśāt), tu te révèles à nous (prathayasi naḥ), ô destructeur du Temps (kāla–kālaḥ tvam).
Verset 19
Tout cet ensemble multiple (akhilam etat bheda–mayam), je le retire en moi (akṣipāmi) par ma seule puissance (nija–śaktyā eva), pour le résorber (saṃhartum).” — ainsi, par le maniement du crochet (aṅkuśa–dhāraṇataḥ), le Suprême Bhairava (para–bhairavaḥ) se manifeste clairement (sphuṭayati) à nous (asmākam).
Verset 20
Par la démonstration de la flèche bandée sur l’arc (kodaṇḍa–ārūḍha–śara–pradarśanāt), tu scindes simultanément (yugapat bhinatsi), par la puissance (śaktyā), les seigneurs Brahmā, Viṣṇu et Rudra (brahma–viṣṇu–rudreśān), ainsi que Sadāśiva et leurs causes respectives (sa–sadāśiva–kāraṇa–hariṇān), ô Toi (tvam) !
Verset 21
Ô Maître ( svāmin ), cet univers (jagat idam) est placé sur ta tête (śirasi nihitam) par ta main accordant les dons (varadena pāṇinā), et il est ensuite résorbé (saṃharate punaḥ) par ta main étendue (prasṛtena pāṇinā), celle-là même qui accorde l’absence de peur (kṛta–abhayena eva).
Verset 22
Par ta main de lotus qui accorde la non-peur (abhayena ca hasta–padmena), tu nous fais grâce (anugrāhaḥ asi naḥ), ô Maître (svāmin); toi, destructeur des souffrances de la transmigration (saṃsṛti–duḥkha–haraḥ tvaṃ), dont la forme est “au-delà de la paix et d’une immense terreur” (śānti–atīta–mahā–ghora–vapuḥ).
Verset 23
Ô Seigneur ( bhagavan ), cette absence de manifestation (akhyāti–rūpam etat) est la splendeur de ta compassion (kāruṇya–teja eṣa te), car, en vertu de ton omniprésence (sarva–vyāpty–avaśena), il est clairement vu (sphuṭam dṛṣṭaḥ) que tu fais danser (naṭataḥ) tout cet univers (jagad idaṃ) dans le cœur (hṛdaye).
Verset 24
Cette Māyā ( eṣā māyā ) qui te paraît resplendir (vibhāti vibho) semble être faite de ce dont toute substance a été retirée (niḥśeṣāhṛta–sāra–mayī iva); et la paix ( viśrāntiḥ ) des esprits purs (nirmala–manasām ) n’est autre qu’en la Réalité de Śiva ( śiva–tattve ), pure conscience ( cin–mayi ).
Verset 25
Ô Souverain ( vibho ), les instruments de musique (vādyāḥ) — la vīṇā, la cloche, le tambour (ghaṇṭā, ḍamaru) — dont la nature même est le praṇava ( praṇav–ātmānaḥ svayam ), par lesquels tu fais danser (yair nāṭayasi) le réseau de māyā (jagan māyā–jālam ), ce sont bien tes cinq puissances (tava eva te śaktayaḥ pañca ).
Verset 26
En faisant resplendir (sam–ullāsya) au-dessus de toi la triple puissance (parādika–śakti–tritayām upari), par le signe du port du trident (triśūla–dhāraṇa–miṣeṇa), tu rends manifeste (sphuṭayasi) la création et la résorption totales (samasta–sṛṣṭi–saṃhāram), sous la forme de la liberté suprême (svātantrya–rūpeṇa).
Verset 27
Ô Bhairava, tu fais resplendir (avabhāsayasi) dans ce cœur (hṛdaye ’smin) le centre radieux à six rayons (ṣaḍ–arāṃ dhāmam), adamantin (vajra–mayīm), émané (prasṛtām) de tes puissances innées, génératrices de volonté, de connaissance et d’action (icchā–ādi–janani–ja–śakti), et d’un éclat incomparable (anupamām).
Verset 28
Tenant le bâton (daṇḍa–dhāraṇa–vaśāt), tu te montres (pradarśayasi) à tes dévots (bhaktān) comme leur protecteur (sa–nātham ātmānam), pour l’arrêt de la roue de la transmigration (saṃsṛti–cakra–nivṛttyai), sous la forme du destructeur des seigneurs des démons (daitya–indra–mathana–rūpeṇa).
Verset 29
Tenant la massue et la hache (mudgara–paraśu–pāṇiḥ), ayant tout consumé (bhuktvā), tu demeures établi (avasthitaḥ svayam), ô Bhairava ; tu brûles (dahasi) tout l’univers (akhilaṃ viśvam), et, l’ayant broyé (nirmathya), tu fais resplendir (avabhāsayan) la Réalité suprême (paraṃ) dans le cœur (hṛdaye)
Verset 30
C’est par la différence des modes de vision (darśana–bhedāt) que tu illumines (bhāsayasi) toutes les réalités (sarvaṃ bhāvam), ô Bhairava, car toi seul es la source (tvam eva hi prabhavaḥ). Tout ce qui vibre d’existence (sphurat–ātmakaṃ akhilam) naît de toi (tvattah jāyeta), et non d’ailleurs dans le monde (nānyato loke).
Verset 31
Ta lumière (tejaḥ), semblable à la pointe du pouce (aṅguṣṭha–āgram), resplendit en toutes directions (sphurat–akhila–diśi) pour le bienfait de la grâce (anugraha–artham te). Elle brille (vibhāti) comme le centre suprême (parama–madhyam) de l’espace (vyomnaḥ vyoma), dans ce cœur (hṛdaye ’smin), ô Bhairava.
Verset 32
Ô Grand Temps (mahākālaḥ), Tu te manifestes (prathayan sthāsi) sous la forme de deux lotus de têtes (dvau muṇḍābjau), pareils à des figures (mūrtau iva) ornées de flammes (sa–śikhau), surgissant de l’extraction (anutkhātau) des liens du cœur (hṛdaya–bandha) faits d’orgueil (abhimāna).
Verset 33
Ô Bhairava, tu resplendis dans le cœur (sphurasi citte), tes pas sinueux (makutila–pāda–kramaḥ) animés de ta propre danse (naṭana–nartaka–nartita); et dans l’œil du souffle, le troisième (pavana–tṛtīya–nayane), brille (sphuritam… sphurat eva) la confluence des trois courants (triveṇyāḥ).
Verset 34
Tes langues, flamboyantes dans le jeu des trois replis (trivalī–vilāsa–bhāsvad–rasanā te), forment la couronne d’innombrables énergies mères enivrée (matta–mātṛ–koṭīra); ô Grand Seigneur (maheśvara), tu resplendis sans cesse (sphurasi nityam eva) dans le cœur (hṛdi), irradiant les dix directions (daśa–dik–patha–dīptiḥ).
Verset 35
Par les voies des puissances (śakti–pathaiḥ mahā–mārgaiḥ), tu as pénétré (vyāpya) tout ce qui s’est déployé hors du Vide (nirgatam akhilaṃ ucchūnyam te); ô Bhairava, toi, Sujet voyant (dṛg–ātman), tu es unique (ekam asi), sous la double forme du vu et du voyant (dṛśya–dṛg–rūpam).
Verset 36
En vérité, c’est Toi seul (tvam eva hi) qui es vu (dṛśyate) ici, lorsque cet univers paraît resplendir (sphurati hy ayaṃ jagat iti), dans le cœur des êtres au regard vacillant (hṛdi mṛga–dṛśām). Car nul ne peut voir (na kila ko ’pi paśyet), tout en te voyant (paśyan tvām), Toi, l’Œil unique et suprême (anuttamaṃ nayana–mekam).
Verset 37
Ô Bhairava, tu manifestes (prathayasi) spontanément par ta propre nature (svabhāvata eva) l’unité du vu et du voyant (dṛśya–dṛg–rūpa–aikyam). Tes deux yeux (nayana–dvayam tava), ô Souverain (vibho), se ferment et s’ouvrent (mīlati… pravartate ca) à bon escient (samyak), pour la création (sṛṣṭy–artham).
Verset 38
Ô Seigneur Bhairava (prabho bhairava), quand tes deux yeux se ferment (mīlita–locana–yugalaḥ), tu plonges (nimajjasi) dans l’unité de ton propre Soi (svātma–aikatve); puis, les yeux déployés (prasṛta–akṣī), tu resplendis à nouveau (sphurasi punar api) pour la création (sṛṣṭy–artham), irradiant de lumière levante (udita–vibhāsvaraḥ).
Verset 39
J’adore (bhajāmi aham) le Dieu à trois yeux (devaṃ tri–nayanam), resplendissant (dīptam), orné d’une guirlande de crânes (kapāla–mālā–ābhāsam), car c’est dans Sa lumière (yasya ābhāse) que l’univers entier (viśvam) acquiert sa réalité (tad–bhāvam bhajati), et jamais autrement (nānyathā kiñcit).
Verset 40
Les sages (santaḥ) proclament (vadanti) que tout ceci (akhilam) n’est autre (ekātmakam) que ton être, ô Seigneur (bhavat), en affirmant “cela est la Réalité” (tattvam asau hi). Mais en vérité (nanu), c’est ton propre Verbe (te vacanam) qui est la seule vérité (tvam eva satyam), car Tu es immédiatement identique à tout (sākṣāt abhinna–rūpatvāt).
Verset 41
Ô Souverain (vibho), c’est Toi seul (tvam eva hi) qui, par les noms, formes et activités (nāma–rūpa–kriyābhiḥ), fais se déployer en ton propre Soi (ātmani) tout cet univers (jagat–samastam idam); rayonnant de ta propre puissance (vilasan nija–śakti), tu parais toujours neuf (nūtanam iva), bien qu’étant unique et sans second (advitīyaḥ api).
Verset 42
Ô Bhairava, après avoir révélé (prakāśya) les réalités (bhāvam) dont les noms et formes se sont dissous (vilayita–nāma–rūpam), c’est Toi seul (tvam eva hi) qui contemples à nouveau (bhūyaḥ paśyasi) tout l’univers (akhilam), en ton propre Soi (svātmani), pleinement apaisé dans la conscience du cœur (samyak praśānta–citta–ātmā).
Verset 43
Ô Maître (svāmin), tu es en vérité (hi) la Lumière (prakāśaḥ) de toute chose (sarvasya), le lien qui soutient l’univers (jagataḥ sthiti–bandhakaḥ). La lumière de tous les êtres (prakāśaḥ sarva–bhāvānām) n’existe qu’en toi (tvayi), et nullement ailleurs (nānyatra vidyate kiñcit).
Verset 44
Ô Maître (svāmin), c’est par la vibration de ta puissance (tava śakti–pari–spandāt) que tout cet univers (sarvam idaṃ viśvam) se meut (pravartate), issu de Bhairava (bhairavasya mahā–ātmanaḥ), dont l’essence est une masse compacte de Puissance et de Conscience (śakti–cit–ghana–rūpasya).
Verset 45
La suprême lumière (paraṃ tejaḥ) est de nature puissance (śakti–rūpam); le suprême état (paraṃ padam) est de nature puissance; la suprême connaissance (paraṃ jñānam) est de nature puissance; et le suprême Śiva (paraṃ śivam) lui aussi est de nature puissance.
Verset 46
Ô Seigneur (bhagavan), la nature de puissance (śaktitvam eva) appartient à tout ce qui existe dans les trois mondes (sarvasya api jagat–traye), car tout brille (prakāśate sarvam) uniquement par la puissance (śaktitvād eva), impérissable (āvyayam).
Verset 47
La puissance (śaktiḥ), ô Maître (svāmin), n’est autre que l’acte de manifestation consciente (bhāvanā), née de la nature même de l’être (bhāvasyaiva svabhāva–jā); sans elle (tayā vinā), rien ne resplendit (na kiñcid api bhāsate), pas même parmi les mondes (jagatām kila).
Verset 48
La nature de puissance (śaktitvam eva) est incessante (nirantaram) en tout ce qui existe (sarvasya bhāvasya asya); et cette même nature de puissance est précisément la liberté suprême (svātantryaṃ paramaṃ hi tat) de Bhairava (bhairavasya).
Colophon
Ainsi s’achève (iti… sampūrṇam) l’Hymne en imitation de Bhairava (bhairava–ānukaraṇa–stotram), composé par le vénérable Kṣemarāja (śrī–kṣemarāja–viracitam).
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