Blog — Études et traductions du Shivaïsme du Cachemire


Cette page est régulièrement réactualisée

 

 

 

Ce blog rassemble diverses traductions et commentaires d'Emma Cataneo, de textes traditionnels issus du Trika Śaiva,

la tradition non duelle du Shivaïsme du Cachemire.

Vous y trouverez :
– āgama du Trika  traduits du sanskrit

– commentaires
– indications pour la pleine compréhension et clés d'entrée dans la Voie

Chaque article peut être lu indépendamment comme une introduction progressive aux enseignements du Trika.

 

 

Paramārthasāra

 

Le Paramārthasāra est un texte philosophique sanskrit attribué à Abhinavagupta, un éminent maître et philosophe de la tradition du Shivaïsme du Cachemire.

Abhinavagupta est une figure centrale dans le Shivaïsme du Cachemire, connu pour ses contributions philosophiques, théologiques et littéraires. Il a vécu entre le 10ème et le 11ème siècle et est surtout célèbre pour ses œuvres sur l'esthétique, la théorie de la reconnaissance (Pratyabhijñā) et la philosophie tantrique.

Le Paramārthasāra, littéralement "L'Essence de la Réalité Ultime", est un condensé de la philosophie non-dualiste du Shivaïsme du Cachemire. Il traite de la nature de la réalité, de l'illusion (māyā), de la libération (mokṣa) et des pratiques spirituelles pour atteindre cette réalisation.

Le texte est composé de versets succincts, souvent en mètre āryā, qui exposent des concepts philosophiques profonds de manière concise.

Le Paramārthasāra présente la vision non-dualiste où l'univers entier est perçu comme une manifestation de la conscience unique (Cit ou Śiva). Il met l'accent sur la reconnaissance de la nature divine de soi et de l'univers comme moyen de libération.

Bien que principalement philosophique, le texte inclut des indications sur les pratiques méditatives et contemplatives visant à éveiller la conscience à sa vraie nature divine.

Ce texte a eu une influence significative sur les traditions tantriques et non-dualistes en Inde, en particulier dans les écoles du Shivaïsme du Cachemire. Il est respecté pour sa clarté philosophique et sa profondeur spirituelle.

Pour une synthèse de ses enseignements principaux :

Invocation et Refuge en Shiva : Le texte commence par une invocation à Shiva, reconnu comme l'ultime réalité, omniprésent et manifesté sous diverses formes. Shiva est le refuge ultime pour tout être mobile et immobile.

Le Cycle de la Souffrance : Un disciple, tourmenté par le cycle de naissance, de vie et de mort, interroge le Seigneur sur la vérité suprême. Abhinavagupta répond avec des versets fondamentaux, expliquant la vision de Shiva.

Manifestation et Illusion : Le Seigneur manifeste l'univers à travers les énergies de Shakti, Māyā, Prakṛti et la Terre. L'univers, avec ses corps, organes et mondes divers, est en réalité Shiva sous la forme d'âmes liées.

Nature de la Réalité : Tout comme un cristal prend la couleur des objets proches, le Seigneur adopte diverses formes. De même, le Soi suprême se manifeste à travers différents corps et organes. Les états de la conscience, comparés à des reflets, montrent que le Soi suprême est toujours pur et inaltéré.

Voile de l'Illusion : L'illusion (māyā) crée des distinctions dans la conscience. Bien que la conscience soit pure, elle semble souillée par l'attachement à l'illusion. La libération se fait par la reconnaissance de cette vérité ultime et la dissipation des illusions.

Union avec Shiva : En transcendant les dualités et en atteignant la réalisation de l'unité avec Shiva, on atteint un état de félicité suprême. Ce processus implique la purification de la conscience et la reconnaissance de sa véritable nature divine.

Conséquences des Actions : Les actions, bonnes ou mauvaises, sont dues à l'attachement par la fausse connaissance. Pour celui qui connaît la vérité ultime, ces actions n'ont pas de conséquence réelle, car il est au-delà de la dualité du mérite et du démérite.

Pratiques Spirituelles : Le texte décrit des pratiques telles que la méditation, la récitation (japa) et l'adoration intérieure. Ces pratiques permettent de réaliser la nature non-duelle de la conscience et de dissoudre les illusions.

Libération Ultime : La libération est décrite comme la manifestation de sa propre puissance en brisant le nœud de l'ignorance. Celui qui atteint cet état de libération est libre de la naissance et de la mort, résidant en paix dans la réalisation de sa nature divine.

Conclusion : Abhinavagupta conclut en affirmant que la méditation sur ces enseignements conduit rapidement à la réalisation de l'état de Shiva. Le Paramārthasāra est un guide pour atteindre cette vérité ultime et transcender les illusions de la vie mondaine.

Le texte est une exploration profonde de la nature de la réalité, de l'illusion, et de la libération, offrant un chemin vers l'unité avec le divin.

 

 


 

"Je cherche refuge en toi, Shambhu, qui est suprême, transcendant, incommensurable, unique, et néanmoins présent en de nombreuses formes cachées. Tu es le refuge de tout, immobile et mobile, et tu es installé dans toutes les demeures."

"Tourmenté par le cycle de souffrance de la naissance, de l'existence et de la mort, un disciple interrogea le Seigneur sur la vérité suprême."

"Le maître lui répondit avec les versets fondamentaux et essentiels. Abhinavagupta enseigne cette essence selon la vision des enseignements de Shiva."

"Ce groupe de quatre constitué par les puissances de sa propre énergie, à savoir la Shakti, Māyā, Prakṛti, et la Terre, est manifesté par le Seigneur de manière distincte."

"À l'intérieur de cela réside cet univers, avec sa diversité de corps, d'organes et de mondes, et le jouisseur est là, le détenteur du corps, qui est en réalité Shiva ayant pris la forme d'un être lié."

"Tout comme le cristal pur prend les couleurs variées des objets placés à proximité, de même le Seigneur adopte les formes de dieux, d'hommes, d'animaux, et autres."

"Tout comme le reflet de la lune dans l'eau varie lorsque l'eau est agitée et reste immobile lorsque l'eau est calme, de même ce Soi suprême, Maheśāna, se manifeste dans la diversité des corps, des organes et des mondes."

"Tout comme Rāhu, bien que non visible, devient perceptible lorsqu'il se superpose au disque lunaire, de même la conscience omniprésente se manifeste dans le miroir de l'intellect lorsqu'elle entre en contact avec les objets des sens."

"Tout comme le visage apparaît dans un miroir sans tache, de même la forme lumineuse de la conscience brille dans l'intellect purifié par la grâce de Śiva et Śakti."

"Cette forme lumineuse est complète en elle-même, se reposant dans son propre soi, remplie de la grande félicité et des pouvoirs infinis à travers les instruments de volonté, de connaissance et d'action."

"Cet état pur, silencieux, dépourvu de toute fluctuation et de dualité, est la réalité suprême dans laquelle l'univers, constitué de trente-six éléments, brille."

"Tout comme l'image d'une ville ou d'un village reflétée dans un miroir apparaît sans division, mais semble être distincte et séparée les unes des autres et du miroir, ".../

"De même, à partir de la conscience pure et suprême de Bhairava, bien que le monde soit sans division, il apparaît comme distinct et séparé."

"Shiva fait briller l'état des cinq énergies, à savoir Śiva, Śakti, Sadāśiva, Īśvara, et Vidyā, en les manifestant avec des caractéristiques distinctes."

"La suprême indépendance du grand Seigneur, sa capacité à réaliser l'impossible, est l'œuvre de la déesse Māyā, qui est son propre voilement, c'est la puissance de Shiva lui-même."

Sous l'influence de l'attachement à l'illusion, la conscience devient impure et l'homme devient un animal (paśu), lié par la domination du temps, des activités et de l'ignorance.

À présent, je sais cela par un petit degré, et seulement en totalité. Ce qui est dit ici est le sixième enclos de la maya (illusion), à savoir l'intérieur de l'esprit.

Comme le grain de riz est enveloppé dans la coque, bien que distinct, il devient pur par l'orientation vers la voie de Shiva.

Le plaisir, la douleur, et la confusion proviennent de la nature, de l'esprit intérieur, de l'intellect, du mental et de l'ego, dans cet ordre.

Les sens de perception sont l'ouïe, le toucher, la vue, le goût, et l'odorat. Les organes d'action sont la parole, les mains, les pieds, l'anus et les organes génitaux.

Leur objet est subtil et indifférencié, ce sont les cinq tanmātras : son, toucher, forme, goût, et odeur.

Sous l'influence de leur combinaison, l'objet grossier émerge et devient les cinq éléments : éther, air, feu, eau, et terre.

Comme la coque enveloppe le grain de riz, la création provenant de la nature enveloppe la conscience sous la forme d'un corps jusqu'à la terre.

L'obstacle ultime est l'impureté subtile, tandis que l'illusion (māyā) et ses enclos (kañcukas) sont grossiers. Le corps extérieur est sous forme de trois enveloppes (kośas) qui l'entourent.

En raison de l'obscurité de l'ignorance, la conscience ne perçoit sa propre nature unique à travers la diversité des sujets et des objets.

Comme le jus de canne à sucre devient divers sous forme de mélasse, sucre en poudre, sucre en cristal, etc., de même, tous les états du suprême Seigneur Śiva sont divers.

Les étapes telles que la continuité de la conscience, le souffle vital, le corps universel, la naissance, et les formes individuelles sont uniquement des conventions. En réalité ultime, elles n'existent absolument pas.

Dans la corde, il n'y a pas de serpent, mais elle cause la peur jusqu'à la mort. Le pouvoir de l'illusion est immense et ne peut être discerné facilement.

De même, le dharma et l'adharma, le ciel et l'enfer, la naissance et la mort, le bonheur et la douleur, les castes et les âshrams existent dans l'incarnation par la force de l'illusion, bien qu'ils soient inexistants.

Cette obscurité, qui, en se manifestant dans les objets, fait que l'être lié se considère comme distincte de tout, est une illusion.

Cette illusion est encore plus obscure que l'obscurité elle-même, comme une grosse pustule sur une tumeur, car elle fait que l'être lié s'identifie au corps, au souffle vital, etc., bien qu'il soit distinct.

Par l'union de la contemplation du corps, du souffle vital, de l'intellect, de la connaissance et de l'espace phénoménal, l'être lié s'enveloppe lui-même comme un tisserand enveloppe un filet avec un filet.

Par le pouvoir de la lumière de la connaissance de soi, l'être lié peut se libérer de son propre enchevêtrement. Ainsi, le suprême Shiva crée le jeu diversifié de la servitude et de la libération.

La création, la préservation et la dissolution se manifestent dans les états de veille, de rêve et de sommeil profond, mais dans le quatrième état (turīya), bien que ces états soient présents, ils n'obscurcissent pas sa lumière.

Le monde de la veille est différencié, le rêve est lumineux en raison de la majesté de la lumière, le sommeil profond est un état de connaissance condensée, et au-delà de cela se trouve le turīya.

Tout comme la voûte céleste n'est pas souillée par les nuages, la fumée ou la poussière, de même le pur être suprême n'est pas affecté par les transformations de l'illusion.

Lorsque la poussière pénètre dans un pot d'espace unique, elle n'affecte pas les autres espaces. De même, les êtres liés, bien que jouissant des distinctions de plaisir et de douleur, ne souillent pas le pur être suprême.

Dans le calme, il apparaît calme, dans la joie, il semble joyeux, et dans la confusion, il semble confus. Cependant, en vérité ultime, l'être suprême n'est ni affecté ni modifié par ces états.

En rejetant la fausse apparence dans le non-soi, l'illusion de l'identité du non-soi dans le soi est également dissipée par le suprême soi.

Ainsi, pour celui qui a accompli la coupure radicale des racines jumelles de l'illusion, il n'y a plus de devoirs à accomplir pour le yogi suprême.

La terre, la nature, et l'illusion, ces trois choses tombent dans la catégorie des objets connaissables. Par la force de la contemplation de la non-dualité, tout devient pure existence.

Tout comme en abandonnant les distinctions, on voit l'or dans le bracelet, la boucle d'oreille et le collier, de même en abandonnant les distinctions, tout apparaît comme pure existence.

Ce brahman est suprême, pur, paisible, non-duel, égal en tout. Il est immortel, vérité et repose dans l'énergie lumineuse.

Ce qui est perçu, connu et réalisé par sa nature lumineuse, bien qu'inaltéré, atteint l'état de la fleur céleste (qui n'existe pas réellement).

Par l'union des trois pointes du trident de la puissance, tout est manifesté dans le suprême Seigneur. Dans la réalité ultime, tout est absorbé dans le nom de Shiva par le Seigneur des dieux.

De nouveau, par le processus de diffusion des cinq puissances, l'univers entier, avec ses trois sphères variées, est créé "à l'extérieur" comme une acquisition de soi-même.

Ainsi, le Seigneur, en faisant fonctionner le mécanisme du cercle des puissances par le jeu, déclare : "Je suis de nature pure, occupant la position de chef du grand cercle des puissances."

L'univers brille en moi, comme des objets tels que des pots apparaissent dans un miroir clair. Tout procède de moi, comme les objets d'un rêve procèdent de celui qui dort.

Je suis de forme universelle, comme les mains et les pieds sont des parties du corps. Je brille en tout, comme la lumière brille dans les objets.

Je suis le spectateur, l'auditeur, l'odorant, bien que sans corps ni sens, et même sans action. Je compose divers traités, philosophies et arguments.

Ainsi, lorsque les distinctions dualistes sont dissoutes et que l'illusion de la maya est transcendée, on se fond dans le Brahman, comme l'eau se fond dans l'eau et le lait dans le lait.

Ainsi, lorsque l'on atteint la réalisation que tous les principes sont imprégnés de Siva par la contemplation, quelle tristesse, quelle illusion pourrait-il y avoir pour celui qui voit tout comme Brahman ?

Les résultats des actions, bons ou mauvais, sont dus uniquement à l'attachemen tà la fausse connaissance. Cet attachement est comme le lien avec les voleurs, même pour celui qui n'est pas un voleur.

Ceux qui, ici, adorent l'ignorance créée par les conventions mondaines, sont des fous. Ils vont vers la naissance et la mort, enchaînés par les entraves du dharma et de l'adharma.

Les actions accumulées, composées de dharma et d'adharma, accumulées depuis longtemps comme des fibres, sont détruites par la lumière de la connaissance.

Lorsque la connaissance est atteinte, même les actions accomplies n'ont pas de résultat, donc comment pourrait-il y avoir une naissance pour celui qui a rompu le lien de la naissance ? Il brille comme le soleil de Siva avec ses propres rayons.

Tout comme une graine libérée de son enveloppe produit un germe, de même l'être, libéré de l'illusion de l'ānava, de la maya et des actions, ne produit pas le germe de l'existence mondaine.

Celui qui connaît son essence ne craint rien, car tout est sa propre nature. Il ne pleure pas non plus, car dans la réalité ultime, il n'y a pas de destruction.

Ayant atteint le trésor de la vérité suprême, profondément caché dans le cœur, et ayant réalisé "Je suis cela" dans l'état de Maheshvara, quelle mauvaise fortune pourrait-il y avoir pour qui que ce soit ?

La libération n'a ni demeure ni destination ailleurs. La libération est la manifestation de sa propre puissance en brisant le nœud de l'ignorance.

Celui qui a brisé le nœud de l'ignorance, qui est sans doute, qui a transcendé l'illusion, qui est las de mérites et de péchés, est libre même dans l'union avec le corps.

Tout comme une graine brûlée par le feu est incapable de germer, de même une action brûlée par le feu de la connaissance ne conduit pas à la naissance.

En raison de la compréhension limitée, la conscience, réduite par les pensées appropriées aux actions corporelles, devient ainsi lors de la destruction de ce corps.

Cependant, si la connaissance est pure, totale, et englobe celui qui connaît et celui qui agit, elle est vaste, sans interruption, de nature lumineuse, et de volonté véritable.

Sans les limitations de l'espace et du temps, elle est éternelle, immuable, souveraine, parfaitement remplie, l'unique créateur de la dissolution et de la création de nombreuses puissances.

Celui qui se réalise ainsi comme Siva, dans la compréhension des actes comme la création, comment pourrait-il être un être du monde ? Où irait-il et où serait sa demeure ?

Ainsi, il est prouvé par la logique que les actions d'un sage ne produisent pas de fruits. En vérité, ce n'est pas pour lui, mais pour les autres que cela a des conséquences.

Ainsi, éveillé à toutes les pensées, en alimentant la lumière intérieure par le vent de la contemplation, il devient lumière lui-même.

Qu'il mange ceci ou cela, qu'il soit vêtu de n'importe quoi, qu'il réside n'importe où, il est libéré, car il est l'essence de tous les êtres.

Même s'il accomplit des milliers de sacrifices de chevaux ou commet des milliers de meurtres de brahmanes, celui qui connaît la vérité ultime n'est ni touché par les mérites ni par les péchés, car il est pur.

Libéré des joies, des colères, des amours, des peines, des peurs, des convoitises et des illusions, sans louanges ni invocations, il erre comme un insensé, indifférent aux paroles des autres.

Ce groupe d'émotions, telles que la joie et la colère, naît de l'illusion des distinctions. Comment la connaissance de l'unité non-duelle pourrait-elle être touchée par cela ?

Il n'y a rien à louer ni à honorer séparément de lui. Le libéré est satisfait sans louanges ni invocations.

L'autre corps, avec ses trente-six éléments, complet avec les structures comme les yeux et les oreilles, est son propre temple, tout comme une maison est pour une poterie.

Là, le grand Bhairava Siva, l'ultime suprême, accompagné de sa propre puissance, est adoré avec des substances pures et conscientes de soi.

Pour celui qui offre le grand assortiment de semences de distinctions conceptuelles intérieures et extérieures, le feu sacrificiel brûle sans effort dans la flamme éclatante de la conscience intense.

Lorsqu'il médite profondément, ce Bhagavan crée encore une fois diverses formes ; cette méditation est alors le véritable reflet des pensées inscrites.

Celui qui transforme toute la série des mondes, la séquence des principes et l'ensemble des organes sensoriels dans la conscience intérieure est dit être en japa.

Tout ce qu'il voit avec la vision du temps et tout ce qu'il considère avec la conscience, il le perçoit comme un cimetière universel, orné des représentations de corps et de bâtons funéraires.

Il goûte tout ce qui est contenu dans la coupe crânienne de la connaissance, remplie du nectar universel des sens, qu'il tient dans sa main. Ce vœu est à la fois extrêmement difficile et facile à réaliser.

Ayant réalisé cette vérité ultime appelée Maheshvara, libre de la destruction de la naissance, il demeure en toute liberté, accompli dans la lumière de la réalisation.

Celui qui connaît cet univers omniprésent, cet être suprême qui est le soi de tout, dépourvu de diversité, et d'une félicité suprême incomparable, devient identique à cela.

Qu'il soit dans un lieu saint ou dans la maison d'un intouchable, même s'il perd la mémoire et abandonne son corps, il atteint la libération simultanément avec la connaissance et accède à l'unité, libre de toute souffrance.

Servir dans un lieu saint conduirait au mérite, tandis que mourir dans la maison d'un intouchable conduirait à l'enfer. Mais pour celui qui est libre de toute souillure du mérite et du démérite, qu'importe cela ?

Séparer la coque et la balle du grain de riz en jetant les morceaux de balle n'unit pas de nouveau le grain de riz avec la balle.

De même, la conscience, séparée de l'enveloppe de l'illusion par la purification, reste libérée, bien que présente, et ne touche plus l'enveloppe.

Une pierre précieuse, bien qu'endommagée par une enveloppe impure, retrouve sa pureté essentielle lorsqu'on retire l'enveloppe, même si elle a été travaillée par un artisan très habile.

De même, la connaissance obtenue par les enseignements d'un vrai maître reste pure même avec l'enveloppe du corps. Libérée, elle apparaît comme la forme de Siva, bien que dénuée de toute autre enveloppe.

Celui qui atteint l'unité avec cela par la certitude inébranlable en l'autorité des écritures et autres sources, accède, selon ses actions passées, au ciel, à l'enfer ou à l'état humain.

Le dernier moment, qu'il soutienne un état de mérite ou de démérite, aide seulement les ignorants, mais n'est pas la cause de la libération.

Même ceux qui connaissent cette unité, comme les animaux, les oiseaux, et les reptiles, atteignent leur propre destination, préservée par leur ancienne connaissance.

Cet être, résidant entre les corps, est constitué du ciel et de l'enfer. Lorsque cela se dissout, il atteint une nouvelle union corporelle conformément à la convenance.

Ainsi, au moment de la connaissance, l'être se manifeste telle qu'il est une fois pour lui. Ainsi, il demeure tel qu'il est à ce moment-là et ne change pas lors de la mort du corps.

Les dysfonctionnements des organes, la perte de mémoire, l'interruption de la respiration, les douleurs spécifiques dans les points vitaux sont des expériences nées des impressions du corps.

Comment cela pourrait-il ne pas se produire lors de l'union avec le corps, alors même que l'illusion est présente ? Cependant, au moment de la mort, le sage ne dévie pas de la vérité ultime.

Lorsqu'il atteint instantanément ce chemin ultime de la vérité à travers l'enseignement du maître, grâce à la grâce intense, il devient immédiatement et sans obstacle Shva.

En suivant étape par étape la forme transcendante de tout, lorsqu'il atteint la réalisation du principe suprême, il devient finalement imprégné de Siva.

Même s'il atteint l'état de vérité ultime et reste entre deux, si la mort survient à ce moment-là, son esprit désireux d'atteindre ce stade est satisfait.

Dans les écritures, il est dit que celui qui échoue dans le yoga devient le seigneur des mondes variés et des plaisirs divers. Après s'être reposé dans des endroits appropriés, il renaît en tant que Siva dans une autre vie.

En pratiquant ce chemin ultime de vérité sans atteindre le yoga, il jouit longtemps des plaisirs célestes avec un esprit joyeux.

Comme un roi est vénéré par tous dans le monde pour ses plaisirs souverains, de même celui qui échoue dans le yoga est vénéré par tous les dieux dans les mondes.

Après un long temps, en obtenant à nouveau une naissance humaine et en pratiquant le yoga, il atteint l'immortalité divine dont il ne revient plus.

Donc, quiconque reste dévoué à ce chemin vertueux atteint l'état de Siva. En comprenant cela, on doit s'efforcer dans la vérité ultime, peu importe comment.

En méditant sur ce résumé révélé par Abhinavagupta, on atteint rapidement l'état de Siva en s'immergeant dans son propre cœur.

Cet essentiel du sastra, très profond, a été résumé en cent vers par moi, Abhinavagupta, éclairé par la méditation aux pieds de Siva.


Ainsi s'achève le Paramārthasāra, composé par le grand maître mahāmaheśvara Abhinavagupta.


 

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